Débâts et idées

Les legal start-up : l’immersion du digital dans le monde du droit

A l’heure où le phénomène d’ubérisation envahit tous les domaines d’activités, il en est un, parmi les plus conservateurs, qui ne fait pas exception : le droit.
Comment un marché si réglementé, où le puissant lobbying des avocats s’évertue à conserver sa main mise sur l’activité de consultation et de rédaction d’actes juridiques, peut se voir en quelque sorte « ubérisé » ?
Il aura ainsi fallu toute la stratégie, la finesse et l’audace de certaines start-up pour y parvenir.
 

Explications:

 
Considérer la possibilité de « consommer du droit » comme une révolution peut sembler curieux. Cela n’en est pas moins une réalité. En effet, dans une société où les mentalités évoluent, les actions judiciaires se multiplient, la nécessité de se « border » juridiquement est évidente que ce soit pour un particulier et a fortiori pour une entreprise, il est évident que les consommateurs souhaitent accéder au droit de la manière la plus simple possible, comme pour tout autre service, bousculant le schéma sacré favorisant les avocats comme seuls acteurs du droit.
Outre, les détenteurs d’un contrat d’assurance de Protection Juridique, qui permet de favoriser l’accès au droit, il demeure un besoin ponctuel de particuliers ou d’entreprises à consommer du droit.
 
C’est ainsi que sont nées diverses start-up dont, parmi les plus connues, CAPTAIN CONTRAT et LEGAL START.
Ces plateformes se sont inscrites dans un phénomène d’automatisation juridique c’est à dire de dématérialisation d’un acte juridique.
C’est ainsi qu’elles proposent la mise à disposition de documents juridiques tels que des statuts de société, des documents commerciaux, des contrats d’embauches, le dépôt de marque,...
Néanmoins, pour exister et survivre dans ce monde très conservateur et réglementé, les legal start-up doivent se garder de franchir la ligne rouge : elles ne peuvent fournir de prestations de conseil juridique au risque de subir les foudres du Conseil National des Barreaux.
Les legal start-up ne s’y sont pas trompées. Nombre d’entre elles entretiennent jusque dans leur composition, des liens étroits avec les avocats, à l’image de LEGAL START, fondée par un ancien avocat ou bien de CAPTAIN CONTRAT dont la mise à disposition de document juridique est validée par un avocat.
 
Au delà de ces barrières et limites actuelles, l’exemple nord américain permet d’entrevoir une palette plus large de services. A l’instar des pionnières LEGALZOOM et ROCKET LAWYER, la notion de consommation du droit est plus que jamais de mise: mise à disposition de documents, de conseils, de prestations juridiques,etc…sur un marché certes plus ouvert que le marché français.
Au-delà, l’avènement de l’intelligence artificielle entend bousculer un peu plus le monde du droit.
Pourquoi ne pas envisager demain une plateforme permettant d’obtenir une réponse personnalisée, véritable conseil,  à une demande formulée en ligne? certains y travaillent déjà.
 
Alors l’ubérisation du droit: menace ou opportunité pour les professions réglementées du droit?
Si le débat peut sembler tendu, il est évident qu’une complémentarité entre les legal start-up et les avocats notamment, est une réelle opportunité pour ces derniers afin de communiquer et de créer une nouvelle manière d’entrer en contact avec des clients. 
Quant au consommateur, il bénéficie ainsi d’un accès privilégié supplémentaire au droit.
 
Par conséquent, nul doute que la révolution digitale du droit est bien en marche, néanmoins le chemin sera long mais les opportunités grandes. A suivre...
 
 

 

Romain Jourdan